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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/391

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blancs et les mulâtres ? Sonthonax ne devait-il pas tenir, entre Montbrun et Desfourneaux, l’un chef, l’autre subalterne, la balance de l’impartialité ? N’eut-il pas un grave tort en écoutant trop Desfourneaux et les calomnies de Martial Besse contre Montbrun ?

Les défauts de son caractère ardent, son emportement quelquefois trop violent, sa facilité à s’irriter, une trop grande présomption de sa capacité incontestable, l’habitude qu’il s’était faite d’être aveuglément obéi, les obstacles qu’il rencontra dans ces derniers temps, la désapprobation de plusieurs de ses mesures par Polvérel qui continuait d’avoir confiance dans les hommes d’élite de la classe de couleur : tout concourut, selon nos appréciations, à aigrir Sonthonax contre cette classe, et cette aigreur le porta à commettre des fautes capitales. En temps et lieu, nous les jugerons, peut-être sévèrement ; mais alors même, comme à présent, nous ne lui refuserons pas les titres qu’il eut à la juste considération de ses contemporains, et que nous devons lui conserver. Attendre la perfection dans les hommes politiques qui agissent en des temps révolutionnaires, c’est une chimère : il faut les juger par les grands résultats qu’ils produisent en faveur de l’humanité et de la liberté. Or, sous ce rapport, Sonthonax a un très-grand mérite à nos yeux. Il avait sollicité plusieurs fois de la convention nationale, de prononcer la liberté générale des noirs, et il a su ne pas hésiter de la prononcer lui-même, quand des circonstances impérieuses lui en ont fait une loi de salut pour Saint-Domingue. Nous ne saurions trop le louer pour sa courageuse détermination. Détruire l’esclavage, c’est détruire les préjugés conçus contre tous les hommes de la race noire ; de même qu’abolir la traite des noirs, c’est