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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/387

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Ils furent plus généreux, à Léogane même et au Môle, envers Desfourneaux et sa troupe, faits prisonniers en sortant du Port-au-Prince : ils les envoyèrent aux États-Unis. En s’embarquant, son dessein était d’aller au Port-de-Paix où était Laveaux. Etant au Môle, Desfourneaux écrivit à Laveaux une lettre dont celui-ci a publié un extrait, dans son compte-rendu. Desfourneaux lui disait :

« Vous n’apprendrez pas sans frémir les scènes d’horreur qui viennent de se passer au Port-Républicain, le 17 mars. Le complot fut fait par Pinchinat et Montbrun, d’égorger le commissaire et tous tes blancs : les hommes de couleur et les noirs arrivèrent en foule de la plaine et des différens postes où ils étaient placés, et attaquèrent les casernes et la commission civile (le palais du gouvernement). J’ai rallié le plus d’hommes que j’ai pu pour le défendre : trois fois, j’ai repoussé les scélérats qui voulaient nous faire tomber sous leurs couteaux assassins ; cent vingt de mes malheureux hommes furent tués : un homme de couleur voulant frapper Sonthonax d’un coup de baïonnette, un de mes sergens se mit devant et reçut le coup. La commission (le palais) et la chambre du commissaire furent criblées de coups de canon et de balles[1] ; heureusement, il ne fut point blessé. Il ne me restait plus que trente-trois hommes pour ressource ; avec eux, j’ai eu le bonheur d’amener le commissaire au fort Sainte-Claire, et on n’a pas osé nous y attaquer. Montbrun écrivit au commissaire que s’il ne rentrait pas à la commission (au palais) et si le 48e régiment n’était pas désarmé, il allait égorger les femmes et les enfans. Le commissaire fît alors partir tous les blancs, les femmes et les enfans, et je fis ma

  1. Il n’y en a jamais eu une seule trace : c’est une fausseté de la part dé Desfourneaux.