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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/377

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Montbrun était presque une créature de Polvérel qui l’avait comblé de faveurs, et Sonthonax, il faut le dire, était irrité de la désapprobation donnée à plusieurs de ses actes par son collègue, notamment au désarmement général. Desfourneaux, obséquieux envers Sonthonax, alimentait sa défiance. La proclamation du 27 février venait de lui donner la haute main dans l’armement et le recrutement du régiment d’Artois ; il se servit de cette circonstance pour s’opposer davantage à Montbrun, son chef hiérarchique. Montbrun, de son côté, n’était pas exempt de défauts dans le caractère ; ayant servi en Europe, il avait une haute idée de sa supériorité, et le juste orgueil de ses services dans la mère-patrie où il avait été promu au grade de chef de bataillon. Il était effectivement un militaire remarquable.

Déjà, le 16 février, Martial Besse était venu se mêler de la partie, en adressant à Sonthonax une lettre pleine de malignité, sinon calomnieuse, contre Montbrun, également son chef immédiat, en qualité de commandant de la province de l’Ouest ; M. Besse commandait l’arrondissement de Jacmel. Exécuteur outré de toutes les volontés de Sonthonax (nous l’avons prouvé par ses précédentes lettres à celui-ci), il n’était pas moins jaloux que Desfourneaux, de l’autorité dont Montbrun était investi. Il disait à Sonthonax : « Nous avons plus à craindre l’ennemi du dedans que celui du dehors ; mais sévissez sans ménagement, et tout ira bien. Vous avez pris de grandes mesures ; mais il en est d’autres indispensables pour votre sûrété et la tranquillité de la province. C’est au chef qu’il faut s’en prendre. L’Américain qui m’a apporté des nouvelles de Barné (Josuah Barney) avait bien raison de me dire de la part de Barné, qu’il fallait vous méfier