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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/368

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nat, Montbrun et Marc Borno, leur aura paru excusable, au premier surtout qui, au mois de décembre 1793, en adressant un écrit aux hommes de couleur de Saint-Marc et des paroisses voisines, leur avait dit ces paroles remarquables :

« Attendrez-vous, pour sortir de l’engourdissement dans lequel vous êtes ensevelis, que vous soyez placés entre la tyrannie et la liberté, au milieu des torches et des poignards ? Pouvez-vous rester en suspens ? Vous oubliez que vous êtes du sang africain ? Si la voix de la nature ne trouve pas d’accès dans vos cœurs endurcis, ne devez-vous pas, par reconnaissance, vous décider en faveur des noirs qui vous ont servi de remparts contre les blancs ? Sans les noirs, il ne serait plus question depuis longtemps de votre existence. »

Quant à Sonthonax, si l’effet du meurtre d’Halaou dut lui prouver de quelle énergie étaient capables les hommes de couleur placés sous son autorité, il nous est démontré qu’il ne considéra pas lui-même ce fait comme excessivement blâmable ; qu’il ne l’attribua pas du moins à Bauvais, et surtout qu’il n’eut jamais l’odieuse intention qu’on lui supposa à son égard ; car voici une lettre écrite par lui, un mois après cet événement, que nous avons trouvée dans les archives de Santo-Domingo. Il l’adressa à Blanc Cazenave, mulâtre, qui commandait alors un parti de nègres campés avec lui dans les montagnes des Cahos, et qui s’était livré à Toussaint Louverture : il le croyait disposé à revenir à la cause de la République française.


« Le commissaire civil de la république, à Blanc Cazenave, et aux officiers, sous-officiers et soldats campés aux Cahos pour le soutien de la liberté et la défense de la république.