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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/365

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çois, Biassou et Toussaint Louverture n’avaient-ils pas réuni, par la trahison, presque toutes les paroisses du Nord et de l’Artibonite au pavillon espagnol, agissant au nom de la royauté, pour le rétablissement de l’esclavage ? Et c’était Guyambois surtout que, dans son aveuglement passionné, Sonthonax appelait à exercer une influence sur les masses noires ! N’était-il pas à craindre qu’il en usât, pour soumettre le reste de la province de l’Ouest aux Espagnols ou aux Anglais ?

D’une autre part, Pinchinat, Montbrun, Bauvais, Marc Borno et leurs frères, dans l’Ouest, de même que Rigaud et ses lieutenans, dans le Sud, bien disposés à soutenir la cause de la France, bien convaincus de la justice, de l’opportunité et de la nécessité de la liberté générale des noirs, aussi bien disposés à la défendre comme à défendre leur propre liberté et leur égalité politiques ; tous ces hommes devaient envisager résolument la situation des choses. Laisser une libre carrière aux préventions, aux imprudences de Sonthonax, c’eût été mollir en présence d’un danger imminent, et compromettre le salut de Saint-Domingue. Ils ne pouvaient douter de la vérité du décret d’accusation lancé contre les commissaires civils, publié par les Anglais avec toutes les circonstances propres à y faire ajouter foi ; et alors, ils devaient prévoir que ce décret recevrait son exécution tôt ou tard. Ils le savaient provoqué par la tourbe coloniale en France, qui haïssait Polvérel et Sonthonax pour leur énergie, qui les avait dénoncés comme des agens, des complices de Brissot et de tous les autres Amis des noirs ; et au 9 février 1794, remarquons-le, ils ne pouvaient être informés du décret du 16 pluviôse (4 février) qui venait de légitimer la déclaration de la liberté gêné-