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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/364

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fiances et de ses procédés. Il faut donc chercher cette cause, ce motif, dans une combinaison politique de leur part.

À leurs yeux, qu’étaient Halaou et ses sorciers ? Des hommes dangereux par la puissance des superstitions africaines sur les masses des noirs devenus libres tout à coup, habitués au pillage, aux dévastations qui accompagnèrent leur insurrection contre le régime colonial, bien que dans l’Ouest elle n’ait pas eu le caractère de gravité qu’elle eut dans le Nord. Nous venons de voir que Garran a constaté la vie indépendante qu’ils menaient, et que ce fut Guyambois que Sonthonax employa à les gagner. Quelle garantie de moralité, de sûreté politique, Guyambois lui-même présentait-il dans une telle mission ? Cet homme avait été arrêté par Polvérel, en flagrant délit de conspiration pour le triumvirat royaliste, formé entre les blancs contre-révolutionnaires de l’Artibonite et les Espagnols, qui devait avoir pour chefs Guyambois, Jean François et Biassou. On se rappelle que le vicomte de Fontanges et ses adhérens devaient être rappelés dans la colonie ; c’est-à-dire, toute la séquelle des agens de l’ancien régime et des émigrés. Guyambois et ses complices avaient été condamnés à la détention par la cour martiale du Port-au-Prince, et Sonthonax les avait fait mettre en liberté ; il s’appuyait sur eux et en faisait sa principale force pour défendre la colonie ! Or, en ce temps-là, ces mêmes agens de l’ancien régime, ces émigrés que le triumvirat devait favoriser, n’élaient-ils pas dans les rangs des Anglais et des Espagnols ? La coalition de Saint-Marc n’avait-elle pas arboré d’abord le pavillon blanc, juré fidélité à Louis XVII, avant de se donner aux Anglais ? Jean Fran-