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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/359

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mettons pas qu’Halaou y soit venu, et encore moins y ait été appelé pour égorger les anciens libres. Que ceux-ci aient été émus de la présence de tels hôtes, cela est possible ; c’était même une chose toute naturelle : ne devaient-ils pas redouter le résultat d’un conflit au Port-au-Prince ? Les préventions de ces anciens libres contre Sonthonax étaient aussi bien naturelles, puisque lui-même en avait contre eux ; mais ses préventions, à lui, étaient qu’ils ne fussent disposés à trahir en faveur des Anglais, d’après l’exemple de tant d’autres. Celles des anciens libres étaient-elles justes, judicieuses, lorsqu’ils supposaient à Sonthonax le dessein de les faire égorger ? Elles étaient justes et fondées, lorsqu’ils voyaient avec douleur le commissaire civil leur retirer son ancienne confiance, se persuader qu’ils ne voulaient pas défendre la liberté générale, qu’ils étaient prêts à trahir, et que les noirs pouvaient seuls se dévouer à cette défense. Ce qui se passait alors dans le Nord et dans l’Artibonite, de la part des généraux noirs au service de l’Espagne, leur démontrait l’aveuglement de Sonthonax sur ce point, mais ne légitimait pas leurs suspicions, quant à ce qui concernait leur massacre par ses ordres. S’il avait pu concevoir un projet aussi affreux contre les hommes de couleur (ce que nous repoussons de toutes nos forces), aurait-il été certain que la population blanche du Port-au-Prince n’eût pas subi le même sort, une fois les bandes d’Halaou mises en fureur ? Et Sonthonax, blanc européen, aurait exposé ses semblables à regorgement !… Quoi ! dans le temps où il envoyait des émissaires à Léogane, pour éclairer les hommes de couleur de cette ville sur leurs vrais intérêts, il aurait fait égorger ceux du Port-au-Prince qui étaient encore fidèles, qui soutenaient