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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/350

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À cette fière réponse du républicain enthousiaste, les cris de Vive Sonthonax ! Vive la République ! enjoignirent à l’Anglais de se retirer : sa mission était finie.

Les autorités civiles et militaires s’étaient réunies d’elles-mêmes autour de Sonthonax ; il donna lecture en leur présence de la lettre du commodore Ford : toutes jurèrent de défendre le Port-au-Prince contre les Anglais. Sonthonax fît en son nom et au leur la réponse suivante :

« Commodore, j’ai communiqué aux commandans de la force armée et aux réprésentans du peuple du Port-Républicain, la dépêche et le projet de capitulation qui m’ont été transmis de votre part par le capitaine Rowley ; tous ont rejeté unanimement vos propositions ; ils veulent vivre et mourir Français ; ils ne s’écarteront pas de leur serment.

Les citoyens blancs sont invariablement attachés aux principes de la convention nationale ; ils ont vu dans l’article 4 des propositions du gouvernement britannique, un mépris formel de la loi du 4 avril 1792 ; ils ne souffriront jamais que leurs frères de couleur soient plongés une seconde fois dans l’ignominie et dans la barbarie d’un préjugé devenu intolérable chez un peuple éclairé. Les anciens libres, de toutes les couleurs sont réunis de cœur et d’esprit pour la liberté générale ; les Africains, de leur côté, ont juré de défendre les propriétés de leurs patrons[1].

Telles sont, commodore, nos dispositions. Je vous conseille d’épargner au Port-Républicain une attaque

  1. À cette époque, on désignait les noirs par le terme d’africains, comme on désignait les hommes de couleur par l’expression de citoyens du 4 avril.