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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/347

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cependant les étrangers finirent par être chassés de tous les points qu’ils occupèrent ! Ils le furent, sans le concours matériel de la métropole : ses idées, ses principes, sa tardive justice envers la race opprimée opérèrent seuls ce prodige. Que ne peuvent, en effet, des idées et des principes sur l’esprit des hommes ! Que ne peut la justice sur leurs cœurs ! Il suffit d’une idée pour remuer le monde. Les forces humaines sont donc inertes ou actives, selon la volonté des gouvernemens ; presque toujours il dépend d’eux de leur donner une direction convenable au but que doit atteindre l’humanité, dans sa marche ascendante vers la civilisation. S’ils remplissent leurs devoirs envers les peuples qui leur obéissent, leur tâche devient facile ; ils les poussent alors à la réalisation de ce grand problème dont la solution est laissée à leur intelligence, et surtout à leur vertu. À Saint-Domingue, c’est la Liberté, c’est l’Égalité, bases de toute Justice, qui portèrent la race noire à triompher des ennemis qui vinrent pour lui imposer de nouvelles chaînes.


Polvérel, d’un côté, Sonthonax de l’autre, ne pouvaient pas rester spectateurs impassibles de tant de trahisons. Le premier ordonna à Rigaud de marcher contre Léogane, tandis que le second faisait marcher Marc Borno pour l’appuyer. Mais cette ville, bien gardée, repoussa leurs attaques : l’heure de sa délivrance n’avait pas encore sonné. En se retirant, Rigaud fît fortifier une position avantageuse située à l’Acul-de-Léogane, à peu de distance de cette ville ; il retourna ensuite aux Cayes. Marc Borno vint occuper le poste de Gressier, à deux lieues de Léogane : peu après, il reçut l’ordre de venir