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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/342

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versité. Si le caractère de Sonthonax était plus entreprenant que celui de Polvérel, ce dernier nous paraît avoir eu l’avantage sur son collègue, de pouvoir mieux que lui apprécier une situation et se déterminer en conséquence : sa fermeté ne reculait jamais devant aucun obstacle. Dans la circonstance dont nous parlons, Polvérel montra évidemment plus de fermeté que Sonthonax. Il était sujet quelquefois à l’emportement que donne l’indignation ; mais Sonthonax allait jusqu’à la violence que donne une trop grande ardeur ; il était impatient de la résistance qu’on lui opposait, parce qu’il semblait ne l’avoir jamais prévue ; il devenait alors un vrai despote. Polvérel, au contraire, connaissant peut-être mieux le cœur et l’esprit humain, semblait avoir toujours prévu la résistance, et alors il la dominait par sa haute raison. Son inflexibilité, que tempérait une grande modération dans les paroles et dans les actions, subjuguait les hommes par l’ascendant de sa vertu. Voyez comme cette vertu paraît magnanime, dans le sacrifice qu’il fait de son fils, prisonnier de Galbaud !


On peut ajouter, pour achever le parallèle entre Polvérel et Sonthonax, que le destin désigna en quelque sorte à ces deux agens de la métropole et à leur administration, les provinces de la colonie où leur caractère convenait le mieux. Dans le Nord, où les idées aristocratiques avaient toujours régné, l’absolutisme de Sonthonax fut en rapport avec ces idées. Dans l’Ouest et dans le Sud, la modération raisonnée de Polvérel fut également en rapport avec les idées démocratiques qui y dominaient. La manière dont ils exercèrent chacun la