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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/322

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Telle était la disposition des esprits au Port-au-Prince et dans les autres communes de l’Ouest qui l’avoisinent.


Voyons maintenant ce que fît Sonthonax, ce jeune commissaire à l’àme altière, ardente en toutes choses.

Il était difficile, peut-être même impossible, qu’il ne s’aigrît pas contre tous les hommes de couleur, par rapport à la conduite de ceux de Saint-Marc et des environs. Tous ceux qu’il trouva dans l’Ouest avaient été placés par Polvérel. Parmi eux se trouvaient des traîtres ; de là sa disposition à les soupçonner tous de vouloir trahir. La vieille rancune qu’il avait contre son collègue, qui avait improuvé, à la fin de 1792, plusieurs de ses mesures dans le Nord, s’était réveillée par la récente désapprobation (que nous n’approuvons pas davantage) donnée par Polvérel à sa proclamation du 29 août. Cette situation est constatée dans le rapport de Garran qui dit : «… la manière précipitée dont Polvérel avait été entraîné à cette mesure (celle de la liberté générale) par la proclamation de Sonthonax, avait renouvelé la froideur qui avait déjà eu lieu entre eux, lors de l’impot sur la subvention. » Et Garran cite à cette occasion trois lettres de Polvérel à Sonthonax[1].

En passant à Saint-Marc (c’est lui-même qui nous l’apprend dans les Débats) Sonthonax avait eu connaissance de la proclamation de Whitelocke, du 5 octobre, et de celle de Don J. Garcia, du 18 du même mois, où ce gouverneur espagnol faisait aux colons les plus grandes promesses, s’ils se soumettaient à l’Espagne, mais en menaçant de raser les maisons et de confisquer les biens de ceux qui feraient résistance. Il y avait vu également

  1. Rapport, t. 4, p. 99.