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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/313

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thonax, qu’il ne nomme pas, cet anthropophage que l’envie tourmente, n’est autre qu’A. Chanlatte, dont il était lui-même envieux el jaloux, qui, au passage de Polvérel et Ailhaud, avait su neutraliser sa malveillance pour ces commissaires, et qui exerçait réellement plus d’influence que lui à Saint-Marc, surtout parmi les noirs qu’il calma à cette époque. On doit se rappeler aussi le propos que Lasalle rapporte dans son écrit, et qu’il dit lui avoir été tenu par Savary contre A. Chanlatte.[1]

Il est évident qu’en écrivant ces lettres à Sonthonax, Savary se préparait une justification pour la trahison qu’il va bientôt commettre, qu’il annonce même en disant qu’il va prendre de promptes mesures en appelant les paroisses voisines. Ces mesures, c’est la coalition qui va surgir de l’acte intitulé Résistance à l’oppression, signé à Saint-Marc le 13 novembre, le lendemain de sa dernière lettre, par les citoyens des paroisses de Saint-Marc, des Vérettes et de la Petite-Rivière. Qu’on ne s’étonne pas du machiavélisme de ce mulâtre, qui avait reçu de si bonnes leçons en ce genre de la part des blancs, qui était lui-même un homme instruit ; car la vie politique de Toussaint Louverture nous offrira aussi plus d’une preuve de cet affreux système, comme pour démontrer la facile aptitude des hommes de toutes couleurs à l’adopter, lorsque le sentiment du juste ne domine pas dans leur cœur.

Lisons l’acte que nous venons de signaler.

RÉSISTANCE À L’OPPRESSION.

Les citoyens des paroisses de Saint-Marc, des Vérettes et de la Petite-Rivière,

Réunis ensemble sur la place publique de la ville de Saint-Marc ;

  1. Voyez le chapitre 7 de ce livre.