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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/263

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leur volonté n’y était pas contrariée. L’anniversaire de la fondation de la République française arrivait alors : il choisit ce jour pour être celui de la proclamation de la liberté générale dans toutes les paroisses de l’Ouest ; il donna des ordres à cet effet, en prescrivant aux citoyens assemblés pour la célébration de cet anniversaire, de signer sur des registres leurs déclarations conformes aux résolutions de la commission civile.


Ainsi, le 21 septembre 1793 fut marqué au Port-au-Prince et dans toutes les communes de l’Ouest, par le plus grand acte de justice qui ait jamais été rendu dans la colonie de Saint-Domingue[1]. Une cérémonie pompeuse réunit sur la place d’Armes de cette ville[2] les citoyens de toutes couleurs : garde nationale, légion de l’Egalité, troupes de ligne européennes, fonctionnaires civils et militaires. Là, Polvérel, monté sur l’autel de la patrie, prononça un discours à la suite duquel il proclama la liberté générale de tous les esclaves. Tous les propriétaires adhérèrent à cet acte de justice, et apposèrent leurs signatures sur le registre ouvert à cet effet[3]. Cependant beaucoup d’entre eux ne furent pas sincères dans cette adhésion : l’intérêt, le vil intérêt plaidait intérieurement contre les principes éternels du droit.

Nous n’entendons pas désigner les seuls blancs colons ; c’était naturel de leur part. Mais des mulâtres, des nègres,

  1. Cette cérémonie eut lieu le 21 septembre, parce que Polvérel ignorait alors la date réelle de la fondation de la république, qui n’a été fixée que par le décret de la convention nationale, du 5 octobre 1793.
  2. La place Pétion.
  3. On raconte que Polvérel prit une plume qu’il remit malicieusement à Bernard Borgella, maire du Port-au-Prince. Ce grand planteur, homme d’esprit et de sens, s’exécuta sans murmure.