Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/249

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour la République française que vous avez combattu ; que, de tous les blancs de l’univers, les seuls qui soient vos amis sont les Français d’Europe.

La République française veut la liberté et l’égalité entre tous les hommes sans distinction de couleur[1] ; les rois ne se plaisent qu’au milieu des esclaves : ce sont eux qui sur les côtes d’Afrique, vous ont vendus aux blancs : ce sont les tyrans d’Europe qui voudraient perpétuer cet infâme trafic. La république vous adopte au nombre de ses enfans : les rois n’aspirent qu’à vous couvrir de chaînes ou à vous anéantir.

Ce sont les représentans de cette même république qui, pour venir à votre secours, ont délié les mains des commissaires civils en leur donnant le pouvoir de changer provisoirement la police et la discipline des ateliers. Cette police et cette discipline vont êire changées : un nouvel ordre de choses va renaître, et l’ancienne servitude disparaîtra.

Ne croyez pas cependant que la liberté dont vous allez jouir, soit un état de paresse et d’oisiveté. En France, tout le monde est libre, et tout le monde travaille ; à Saint-Domingue, soumis aux mêmes lois, vous suivrez le même exemple. Rentrés dans vos ateliers ou chez vos anciens propriétaires, vous recevrez le salaire de vos peines ; vous ne serez plus assujétis à la correction humiliante qu’on vous infligeait autrefois ; vous ne serez plus la propriété d’auirui ; vous resterez les maîtres de la vôtre, et vous vivrez heureux.

Devenus citoyens par la volonté de la nation française, vous devez être aussi les zélés observateurs de ses décrets ; vous défendrez, sans doute, les intérêts de la république contre les rois, moins encore par le sentiment de votre indépendance, que par reconnaissance pour les bienfaits dont elle vous a comblés. La liberté vous fait passer du néant à l’existence, montrez-vous dignes d’elle : abjurez à jamais l’indolence comme le brigandage ; ayez le courage de vouloir être un peuple, et bientôt vous égalerez les nations européennes.

Vos calomniateurs et vos tyrans soutiennent que l’Africain devenu libre ne travaillera plus ; démontrez qu’ils ont tort ; redoublez d’émulation à la vue du prix qui vous attend ; prouvez à la France, par votre activité, qu’en vous associant à ses intérêts, elle a véritablement accru ses ressources et ses moyens.

  1. Les mêmes déclarations se retrouveront dans deux autres proclamations, de 1799 et 1801, peut-être avec moins de sincérité que de la part de Sonthonax.