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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/243

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27 août : c’est cette espèce de décousu qui existe dans les opérations de la commission civile. Dans le Nord, Polvérel et Sonthonax, après l’affaire de Galbaud, ont donné la liberté à un certain nombre d’esclaves, en suspendant la mesure dans l’Ouest et dans le Sud. Peu après ils retendent pour le Sud, en exceptant encore la province de l’Ouest ; maintenant Polvérel prend d’autres mesures pour cette province seule, en doutant si ses collègues voudront les appliquer dans les deux autres. L’unité d’action manque dans toutes ces opérations, et prépare infailliblement les esprits au doute sur les pouvoirs des trois commissaires, à l’hiésitation sur le parti qu’il faut prendre dans les conjonctures où se trouve la colonie, et enfin aux défections, aux trahisons en faveur des ennemis extérieurs. Que sera-ce bientôt, quand on verra ces commissaires se désapprouver mutuellement, à propos de la liberté générale devenue la seule mesure compatible avec l’état des choses, le seul moyen de se concilier et de s’attacher les masses pour défendre Saint-Domingue contre ses ennemis ?


Dans le Nord, en effet, les événemens entraînaient Sonthonax à cette grande réparation aux injustices séculaires qui avaient pesé sur les noirs infortunés. Ceux qui habitaient la ville du Cap avaient été les premiers à se joindre aux hommes de couleur pour les défendre, ainsi que les commissaires civils, contre Galbaud et les blancs réunis ; d’autres y étaient accourus dans le même but : ils avaient plaidé en quelque sorte la cause de l’universalité de leurs compagnons d’infortune. Dans l’état fiévreux des esprits de la province du Nord, un blanc au noble cœur, Guillaume-Henri Vergniaud, pa-