Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/227

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


matelots blancs qui se trouvaient dans le port des Cayes, comme dans les autres villes, connus également sous le nom de flibustiers, et ils parviennent à les exciter tous contre les hommes de couleur. Les blancs vont s’emparer des forts de l’Ilet et de la Tourterelle.

Harty et Watiez (ce dernier commandant de la place des Cayes) étaient parvenus à empêcher les factieux de tirer sur la maison du commissaire civil. Ils firent tous leurs efforts pour arrêter la fureur de ces blancs contre les hommes de couleur. Dès le début de l’affaire, Mathieu, aide de camp de Harty, fut blessé à ses côtés ; Demelet, chef de bataillon de la Seine-Inférieure, fut tué.

Rigaud poussa bientôt les hommes de couleur et les noirs contre les forts de l’Ilet et de la Tourterelle qu’ils enlevèrent d’assaut. Le lendemain matin, les blancs tentèrent de reprendre la Tourterelle et furent écrasés. Environ cent cinquante périrent dans les actions de ces deux journées ; de leur côté, des hommes de couleur et des noirs périrent aussi ; mais la victoire resta à ces derniers.

Durant la nuit, Mouchet et Badolet partirent pour Jérémie, où ils servirent quelque temps après sous les Anglais. Satisfait de leur fuite et de son triomphe, Rigaud ne devint pas exigeant : il montra une grande soumission à Delpech qui fît opérer l’arrestation d’une cinquantaine des plus furieux parmi les agitateurs, qu’il déporta en France. Rey se sauva peu après des Cayes, pour se soustraire à un ordre d’arrestation décerné contre lui par les deux autres commissaires.

Delpech profita de l’ascendant qu’il reprit, à l’aide de Rigaud et de sa troupe, pour réorganiser la garde nationale des Cayes, compléter la formation de la légion de