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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/226

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rappelle aux citoyens leurs devoirs envers la commune patrie. Tous prononcent le serment civique. Delpech allait se retirer, quand Badolet sort des rangs de la garde nationale blanche, suivi de toute sa compagnie. Il demande impérieusement au commissaire civil, que les noirs incorporés par Rigaud dans la légion et qui se trouvaient dans les rangs avec ce chef sur la même place, soient remis à leurs maîtres. Delpech et Harty s’efforcent inutilement de lui faire envisager l’imprudence et l’inconvenance d’une telle réquisition. Badolet, furieux, ordonne à sa compagnie de charger les armes ; mais son lieutenant Morellon contrarie cet ordre. En faisant défiler la garde nationale devant les autorités, Mouchet, son commandant, tire un coup de pistolet sur Rigaud, qu’heureusement il n’atteint pas. À ce signal, Badolet veut le frapper de son sabre. Rigaud se défend avec courage et est soutenu par sa troupe, que commandent sous ses ordres d’autres hommes de couleur. Une action sanglante s’engage entre les blancs d’une part, et les mulâtres et les noirs de l’autre. Elle devient bientôt générale par toute la ville des Cayes : des victimes tombent de tous côtés. Delpech se rend chez lui, suivi de plusieurs officiers municipaux. Rigaud s’y rend bientôt avec des hommes de couleur. Mais Mouchet et Badolet le poursuivent à la tête d’une bande de furieux qui traînent une pièce de campagne ; ils la braquent contre la maison du commissaire civil, en en tenant la mèche allumée. Les frères O’Shiell, colons, d’un autre côté, ouvrent les prisons pour armer tous les mauvais sujets qui y étaient détenus. Ils distribuent des liqueurs fortes aux marins des équipages de la frégate l’Astrée et du bric le Serin, et à une foule de