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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/212

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soldats. Créer l’esprit de famille parmi eux, c’était moraliser l’acte d’affranchissement qui les rendait les égaux des hommes libres. Un autre motif tout politique les y portait. Ils savaient par Genest, ministre de France aux États-Unis, l’existence de la convention passée à Londres, le 25 février 1793, entre les colons et le gouvernement britannique, pour livrer Saint-Domingue à ce gouvernement ; la proclamation de Don Gaspard de Cassassola indiquait d’un autre côté les trames des colons avec le gouvernement espagnol. C’est ce que déclara Sonthonax dans la séance du 27 floréal an III (16 mai 1795) de la commission des colonies. Ainsi, tandis que les colons du parti de l’indépendance complotaient avec la Grande-Bretagne, ceux du parti royaliste contre-révolutionnaire complotaient aussi avec l’Espagne. Polvérel et Sonthonax publièrent alors la proclamation suivante, en date du 11 juillet :


L’esprit de famille est le premier lien des sociétés politiques ; l’homme libre qui n’a ni femme ni enfans, ne peut être qu’un sauvage ou un brigand ; l’homme vraiment digne de la liberté et qui en sent le prix, ne peut pas souffrir que sa compagne et ses enfans végètent tristement dans l’esclavage.

Nous sommes pénétrés de ces grands principes ; mais il en est de plus incontestables encore : c’est que tout peuple régénéré qui a conquis sa liberté et qui veut la conserver, doit commencer par épurer ses mœurs ; c’est que la piété filiale, la tendresse conjugale, l’amour paternel, l’esprit de famille en un mot, n’existent point dans les conjonctions fortuites et momentanées que le libertinage forme, et que le dégoût et l’inconstance dissolvent.

Nous avons fait des libres, nous en ferons encore ; mais nous voulons faire d’eux tous des citoyens qui, par l’habitude des affections de famille, s’accoutument à chérir et à défendre la grande famille qui est composée de l’assemblée de tous les citoyens.

On a remarqué, même parmi les hommes non libres, que ceux qui étaient époux et pères, étaient les plus fidèles, les plus affectionnés à