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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/205

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Une telle supplique n’a pas besoin de commentaire ; elle peint suffisamment l’âme ignoble de Jean François. Nègre créole, combattant pour sa liberté personnelle, il se plaçait au niveau des chefs barbares de l’Afrique qui font la guerre, principalement pour avoir des prisonniers qu’ils vendent aux blancs civilisés, non moins cupides, en même temps qu’ils vendent leurs propres frères, nous allions dire leurs sujets. Et quoique nous ayons loué Jean François, à l’occasion de la mort du féroce Jeannot, et de sa générosité pour les prisonniers blancs, nous serions peut-être autorisé à sonder au fond de son cœur pour savoir si, en faisant mourir ce monstre, il n’était pas plus guidé par la crainte de devenir une de ses victimes, et si son humanité pour les prisonniers n’était pas un effet de sa croyance en la supériorité du blanc sur le noir.

Quoi qu’il en soit, nous exceptons encore avec plaisir Toussaint Louverture, de cette infamie du trafic des noirs insurgés. Nous avons de lui des preuves authentiques, une lettre signée de lui, où il s’en plaignait contre Biassou, à Don J. Garcia. Mais, cette lettre même, que nous avons trouvée dans les archives de Santo-Domingo, prouvera aussi que sa défection en faveur de la République française, en 1794, fut plus le résultat de la crainte que lui inspirait Biassou, pour ses jours menacés par cet homme violent, que celui de ses sentimens pour la liberté.


La trahison de Neuilly ne pouvait guère manquer d’imitateurs parmi les officiers blancs. Presqu’en même temps, le 26 juin, Lafeuillée, commandant du bourg d’Ouanaminthe, livra son poste aux Espagnols, sans