Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/189

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plus de douceur et de respect pour les femmes enceintes et les nourrices, soit en leur donnant des moyens sûrs de se racheter moyennant des sommes déterminées, soit enfin en donnant graduellement la liberté aux nègres qui auront donné le plus de preuves de leur bonne conduite et de leur assiduité au travail, et en leur donnant en même temps des terres en propriété, suffisantes à l’honnête subsistance d’eux et de leur famille.

Tous esclaves qui seront déclarés libres par les délégués de la République, seront les égaux de tous hommes blancs ou de toutes autres couleurs. Ils jouiront de tous les droits appartenant aux citoyens français.

Telle est la mission que la convention nationale et le conseil exécutif de la République ont donnée aux commissaires civils.


Par cette déclaration, la proclamation du 5 mai, datée du Port-au-Prince, se trouvait virtuellement abrogée ; celle de don Gaspard de Cassassola était combattue par les mêmes armes, par les mêmes avantages offerts aux noirs qui se rangeraient sous les drapeaux républicains.

En vertu de cet acte, les bandes d’insurgés venues au camp Breda pénétrèrent dans la ville du Cap. Mêlés aux autres noirs qui y étaient déjà, et aux hommes de couleur envoyés par A. Chanlatte pour les diriger, ils combattirent les blancs avec toute l’ardeur de leur bravoure naturelle, augmentée aussi par l’espoir de prendre une large part au pillage de cette malheureuse ville. Cependant, disent les commissaires civils, dans leur lettre du 10 juillet : « La garde nationale blanche a beaucoup souffert et mérité de souffrir. Les hommes du 4 avril, des compagnies franches, ont perdu de bons officiers : les nouveaux citoyens (les esclaves) ont montré une intrépidité, un courage inouïs ; au milieu du meurtre, du carnage et de l’incendie, ils ont donné à leurs anciens tyrans