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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/180

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de ces commissaires était la leur propre, suivirent les conseils des mulâtres, en attaquant aussi les marins et les habitans blancs qui s’étaient joints à eux pour tenter d’enlevér les commissaires. Le nombre des victimes fut grand de part et d’autre. Les malheureuses femmes, les enfans, les vieillards, souffrirent comme les combattans dans cette affreuse mêlée. « Tout à coup la terreur saisit les attaquans (les blancs), la déroute, le désordre et l’effroi se marquent par un embarquement précipité : cependant l’arsenal tient bon[1]. » Galbaud lui-même perdit la tête et s’enfuit avec les marins : il se fît embarquer par des matelots, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture ; aucun effort ne fut tenté par lui pour rétablir l’ordre, pour résister.

Rendu à bord, il tint un conseil de guerre avec les contre-amiraux (qu’il avait fait mettre aux arrêts en s’emparant du commandement de la flotte) et les capitaines des bâtimens de l’État. On y prit un arrêté pour envoyer une députation aux commissaires civils, afin de les supplier en faveur des femmes et des enfans. Mais les commissaires n’avaient pas attendu cette députation pour savoir ce que leur prescrivaient l’humanité et leur devoir : ils accueillirent et traitèrent aussi bien que possible, tous les infortunés qui réussirent à gagner le Haut-du-Cap.

Dans un autre conseil de guerre tenu le : 22 juin, on arrêta d’enclouer les canons de toutes les batteries qui auraient pu nuire à la flotte, de briser les affûts, de jeter les poudres à la mer. Cette destruction emprunta le prétexte que les noirs insurgés pourraient se servir de

  1. Lettre du contre-amiral Cambis au ministre de la marine. Rapport, t. 3, p. 447.