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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/171

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flotte, ils sentaient trop la force de leurs droits pour leur céder et supporter leurs injures.

Avertis de ces querelles, les commissaires prirent des dispositions pour les empêcher. C’était surtout dans la soirée que les rixes survenaient : ils ordonnèrent aux amiraux de ne pas permettre aux marins de venir à terre, après sept heures du soir. Cet ordre contraria principalement les officiers de marine ; cependant, pour être équitables, les commissaires avaient également défendu aux officiers et aux soldats de couleur de sortir de leurs casernes après la même heure. Le corps des officiers de marine vint se plaindre de cette mesure à la commission civile elle-même. Celui qui porta la parole en cette circonstance était un nommé Rousseau, ancien enseigne de la corvette la Favorite qui avait été envoyée à Santo-Domingo, pour réclamer l’extradition d’Ogé, de Chavanne et de leurs compagnons ; Rousseau s’exprima avec beaucoup de mépris pour les hommes de couleur. Un instant après, il fut rencontré dans un café par quelquesuns qui lui renvoyèrent ses grossières injures. Sur la plainte de Rousseau, les commissaires ordonnèrent néanmoins de punir celui qui s’était montré le plus emporté contre cet officier : c’était Bijou Moline. Cette scène se passa le 19 juin dans l’après-midi.

Malgré la punition de Moline, des matelots se portèrent à bord de tous les bâtimens de la rade, en criant : « Aux armes ! aux armes ! il faut embarquer Polvérel et Sonthonax ; il faut exterminer cette race exécrable des mulâtres. » Mais la nuit arrivait ; les agitateurs remirent leur projet au lendemain.

Les commissaires civils s’attendaient si peu à voir éclater de pareilles fureurs, que le même jour, ils donnaient