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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/162

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Il ne leur reste qu’à subjuguer le Cap, et toute la colonie est aux fers, et tous les nègres révoltés seront soldats libres contre les malheureux blancs, dont les plus à plaindre ne seront pas ceux qu’on expulse et dont on s’empare des propriétés ; mais ce sont ceux-là, femmes, enfans, vieillards, qui vont rester après le départ du convoi, sur lesquels je verse des larmes de sang.

Vous allez donc de sang-froid les voir se faire un château fort de la maison du gouvernement et des casernes qui les avoisinent, et qui ne sont occupées que par les hommes de couleur et les dragons d’Orléans, vraies gardes prétoriennes dévouées à tous les caprices tyranniques de nos Nérons et de nos Tibères.

De là, ils foudroieront la ville et achèveront l’anéantissement des blancs. Voyez comme ils publient dans leur feuille de l’Egalité des provocations au meurtre, à l’incendie et au pillage ; voyez comme Dufay et autres travaillent les esprits au Cap, comme on vous y peint déjà vous-même : et comme je suis vrai envers tout le monde, je ne vous cacherai pas que je vous trouve le tort d’avoir injurié une corporation illégale, il est vrai, mais composée de l’élite des braves gens du Cap où il y en a encore, quoi qu’on vous en ait dit ; d’avoir accablé de reproches, suggérés sans doute, des habitans déjà assez frappés des plus terribles malheurs ; enfin, d’avoir suivi les conseils de l’ordonnateur Masse, que je vous annonce comme devant se jeter dans le parti des commissaires dès qu’ils seront ici, et d’avoir vexé le commerce du Cap, déjà si ruiné par les circonstances ; car les gains qu’on lui reproche sont faits par les échanges. Voyez déjà comme on prépare votre embarquement ; voyez le rapprochement des esclaves insurgés du dehors, la révolte qu’on fomente au dedans, une entrée de mulâtres en armes avec les commissaires ; voyez comme ceux-ci redoublent d’insolence, comme ils agacent les blancs et principalement les hommes de mer pour exciter quelque grand mouvement, à la faveur duquel ils consomment la ruine du Cap, qu’ils ont jurée depuis le supplice d’Ogé. Que de préjugés vous entourent, général, et que vous êtes venu dans un moment bien critique, et qu’il est fâcheux, pour vous et pour nous, que vous ne soyez pas bien entouré et que vous n’ayez pas plus de connaissances locales que vous ne pouvez en avoir !

Encore, si vous sortiez de la fluctuation où vous balance sans cesse l’irrésolution, qui paraît une des bases de votre caractère ! Citoyen Galbaud, la résolution d’un parti, la fermeté du moment, peuvent encore sauver Saint-Domingue : il faut que vous fassiez embarquer les auteurs de notre désolation ; il faut que, nouveau Curtius, Galbaud se