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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/141

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Dans l’ancien régime, si le quartier de Jérémie ou de la Grande-Anse fut établi avant celui de Tiburon, ce ne fut néanmoins que vers le milieu du XVIIIe siècle qu’ils commencèrent tous deux à prendre de l’extension et de la consistance. Souvent exposés aux attaques des corsaires et des bâtimens de guerre de la Grande-Bretagne, pendant ses luttes maritimes avec la France, les habitans de ces lieux, qui ne pouvaient recevoir des secours efficaces et opportuns du gouvernement colonial, se virent toujours contraints de pourvoir à leur salut par leurs propres forces : de là la nécessité pour eux d’armer leurs esclaves pour repousser les ennemis. En parlant de différens faits qui se passèrent dans ces temps reculés, Moreau de Saint-Méry dit : « Ces braves colons sont presque tous artilleurs, et leurs nègres sont soldats. L’étendue et l’importance d’une colonie comme Saint-Domingue forcent à y créer des défenseurs, et l’expérience prouve qu’on n’en a retiré jusqu’ici que de bons effets[1]. »

Nous notons cette particularité, pour expliquer ce que firent les colons des quartiers de la Grande-Anse et de Tiburon dans le cours de la révolution.

Déjà, on a vu quelle fut l’opposition qu’ils firent constamment à Blanchelande et aux premiers commissaires civils. Eloignées de ces localités, ces autorités ne purent s’y faire obéir. Il en fut de même de Polvérel et Sonthonax. Lorsque Blanchelande y passa avec Rigaud et quelques forces, il n’obtint durant quelques jours qu’une apparence de soumission de la part des colons. En correspondance avec l’assemblée coloniale siégeant au Cap, qui approuvait leurs principes parce qu’ils étaient ceux du

  1. Description de la partie française, t. 2, p. 753.