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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/14

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de cette question de l’affranchissement des esclaves, qui l’a porté à foire une si étrange déclaration à son arrivée au Cap, qu’il se montra rigoureux, injuste envers ceux qui ne partagèrent point ses convictions nouvelles, quand des nécessités impérieuses eurent commandé à lui-même la grande mesure de la liberté générale qu’il u prononcée, dans cette même ville du Cap. De là sortirent alors ses préventions contre toute la classe des mulâtres et nègres libres, parce que des individus de cette classe eurent le tort, impardonnable aux yeux de la morale et de la politique, d’adopter la profession de foi faite par les commissaires civils dans l’église du Cap et dans leurs actes subséquens.

En effet, les commissaires ne se bornèrent pas à ces déclarations verbales ; le 24 septembre, ils rendirent une proclamation dans laquelle ils les réitérèrent : la voici :

Citoyens,

Les commissaires nationaux civils, à leur débarquement à Saint-Domingue, ont été environnés de défiance par les ennemis de la chose publique. Calomniés dans leurs sentimens, ils vous doivent une explication solennelle sur leurs véritables principes, ainsi que sur la nature et l’étendue des droits que l’assemblée nationale et le roi leur ont confiés.

Que les hommes faibles et crédules ne se scandalisent plus ; que les pervers cessent leurs complots. Voici le symbole de notre religion politique ; nous n’en changerons jamais.

Invariablement attachés aux lois que nous venons faire exécuter, nous déclarons, au nom de la métropole, de l’assemblée nationale et du roi, que nous ne reconnaîtrons désormais que deux classes d’hommes dans la colonie de Saint-Domingue, — les libres sans aucune distinction de couleur, — et les esclaves.

Nous déclarons qu’aux assemblées coloniales seules, constitutionnellement formées, appartient le droit de prononcer sur le sort des esclaves.