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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/136

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il tient, par son sujet, à tout ce que nous venons de dire de la proclamation du 5 mai et des décrets de la convention nationale, des 5 et 6 mars.


« En considérant, dit J. Raymond, toute la population des libres et des esclaves comme un tout homogène, il faut porter ce tout à son plus grand bonheur, en conservant les rapports antérieurs ; c’est-à-dire que, faisant arriver tous les libres à la plus grande latitude de liberté dont on peut jouir dans l’état de sociabilité, vous devez aussi rapprocher les esclaves de l’état de liberté, en sorte qu’ils puissent y arriver sans secousses et par les seuls moyens que la loi leur offrira. Par ce moyen, vous éviterez ces déchiremens indispensables d’un tout homogène, dont vous voulez porter une par tie vers un but, en retenant l’autre dans un point fixe. De plus, par cette mesure, en comblant la dose de bonheur à laquelle chaque individu aspirait, vous les attacherez tous au nouvel ordre de choses, qui pourra seul maintenir leurs jouissances et leurs droits…

J’entends souvent faire cette question : quels sont les moyens de défense générale pour garantir nos colonies d’une invasion ? J’avoue que je n’en connais pas de plus sûr et de moins dispendieux que celui de faire que tous les individus, libres ou esclaves, soient véritablement intéressés à les défendre et en repousser l’ennemi. Or, il est bien évident que si vous améliorez le sort de vos esclaves, de telle manière qu’ils soient convaincus que sous un autre gouvernement ils ne seront pas mieux ; il est bien évident, dis-je, que dans cette hypothèse ils concourront, par tous les moyens qui seront en leur pouvoir, à repousser ceux qu’ils croiront