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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/130

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les motifs de cet acte attribuaient l’insurrection de ces malheureux à leurs maîtres, lorsque les commissaires reconnaissaient que ces maîtres conspiraient pour livrer la colonie à l’étranger, lorsqu’ils venaient de donner la liberté à beaucoup d’esclaves, en les enrôlant dans la légion de l’Egalité. Et pourquoi n’ont-ils pas supprimé entièrement l’article du code noir relatif à l’esclave fugitif ? Un homme n’a-t-il pas le droit de fuir la tyrannie qui l’opprime ?

Dans la séance du 6 ventôse an 3, où Polvérel avait donné ses dernières explications à ce sujet, Sonthonax aussi avait dit ces paroles auxquelles nous nous rangeons volontiers :

« Les colons ont dit d’abord que j’avais toujours été étranger, ainsi que Polvérel, à la cause des noirs ; que j’avais cherché à aggraver leur sort, et que je m’étais par conséquent contredit avec les écrits que j’avais publiés en France sur les noirs. Il faut bien distinguer entre le philosophe ami de l’humanité, qui médite dans son cabinet sur les droits des hommes, et le fonctionnaire public chargé de l’exécution des lois. Le premier est le maître d’aller aussi loin qu’il veut dans la théorie du bonheur des hommes ; il cherche tous les moyens de perfectionnement de l’espèce humaine et de la sociabilité. Le second est circonscrit dans le cercle étroit des lois : il ne lui est pas permis de l’outre-passer ; il deviendrait criminel. J’ai publié dans le journal des Révolutiens de Paris mes opinions sur les noirs : vous allez voir, en en extrayant dix lignes seulement, si je méritais ce reproche. Après avoir discuté la conduite de l’assemblée de Saint-Marc et de Peinier, je dis, page 523, n° 63 :