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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/107

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tribunaux qui, dans les dissensions civiles, sont souvent des instrumens de mort dans les mains du vainqueur.

Mais, à ce sujet, écoutons les appréciations de la commission des colonies, par l’organe de son rapporteur :

« Peut-être, dit Garran[1] était-il difficile de mieux faire dans les circonstances critiques où ils se trouvalent. Il est certain, et les événemens qui s’étaient passés au Port-au-Prince le prouvent assez, que beaucoup de ces déportés étaient des boute-feu livrés au parti de Borel et de l’étranger, également ennemis de la révolution qu’ils feignaient d’embrasser avec emportement, et de la métropole qu’ils dénigraient sans cesse. Il est trop vrai que le temps des révolutions, même de celles qui conduisent à la liberté, n’est pas l’époque où l’on jouit le mieux de ses bienfaits ; et l’espèce humaine doit s’estimer heureuse quand les mesures qu’elles entraînent ne sont qu’aveugles et sévères, sans être barbares et sanguinaires. L’histoire ne nous a pas transmis une seule de ces crises qui n’ait entraîné le bannissement et l’arrestation d’un grand nombre d’hommes. Malgré l’heureuse situation des États-Unis pour opérer sans grandes secousses une révolution qui nous paraît si pure dans le lointain d’où nous la voyons, malgré la douceur des mœurs nationales, et tant d’institutions favorables à l’humanité, il est certain que des comtés entiers ont vu une grande partie de leurs habitans désarmés, bannis ou arrêtés comme loyalistes. Rien n’indique

  1. Rapport, t. 3, p. 358.