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pris dans la généralité des citoyens, possédant des taléns, dés vertus et du patriotisme, qualités requises par l’article 104, et non pas une liste distincte pour chacun des cinq sénateurs qu’il fallait élire dans cette session.

« Car, dit-il, te Chambre a besoin d’être en garde contre l’affection qui, en haute politique, est la plus dangereuse des passions, et dont l’influence, dans la composition du Sénat, peut donner au pays un gouvernement de famille.[1] Sans doute, le plus affreux, le plus désespérant désenchantement attaché au malheur, c’est la défiance de l’avenir. Eh ! pourtant, le système dans lequel on persiste nous l’inspire ! Est-ce là l’intention du peuple ? Etait-ce là le but de la révolution ? Non ! sans doute non ! Au nom du peuple, qui est essentiellement souverain ; au nom de l’armée, au nom de sa pauvreté et de ses souffrances, je proteste de toute la force d’une âme libre et fière de ses convictions profondes et intimes, contre toute élection partielle et successive, contre toute délibération de la Chambre elle-même, dont l’objet serait de fouler aux pieds l’exemple que nous a légué l’immortel fondateur de la République, si digne d’une admiration pleine d’estime, si digne enfin d’une noble imitation ! » »

Supposant ensuite que la Chambre cédât au vœu du pouvoir exécutif et du Sénat, l’orateur dit :

« La Chambre deviendra complice et assumera la responsabilité de cette manœuvre aristocratique ; elle contribuera à fermer les portes du Sénat au talent, à la vertu et au patriotisme, dont le malheur serait, non de déplaire, mais

  1. L’Opposition reprochait à Boyer, la présence au Sénat de MM. Bazelais, son gendre, et Madiou, son neveu par alliance. Elle lui reprochait encore, nous venons de le dire, d’avoir proposé deux fois MM. Rouanez et C. Bonneaux. Voilà à quoi cette phrase faisail allusion, si elle n’y comprenait pas encore d’autres sénateurs « rédacteurs de messages. »