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cutif, faisaient prévoir de nouvelles agitations dans la session législative de la présente année. Ce fut sans doute par ce motif que Boyer crut devoir en éloigner l’époque, en publiant une proclamation, le 25 février, qui ajourna la réunion du corps législatif au 12 août suivant ; car aucune cause apparente ne légitima cet ajournement. Evidemment, le Président commençait à se fatiguer de cette lutte incessante que lui suscitait l’Opposition, installée dans la Chambre des communes depuis deux ans. Mais, éloigner le danger ce n’est pas le détruire ; c’était seulement procurer au pays un repos momentané pour respirer à son aise. Aussi verra-t-on que l’Opposition ne lui tint pas compte de cette intention, parce qu’elle était impatiente de lui faire entendre sa voix.

En attendant ce moment, elle se refléta à Jérémie. Un certain nombre de contribuables de cette ville refusèrent de payer l’impôt des patentes et celui établi sous le nom d’impôt foncier, par l’exemple que traça le fonctionnaire public entre les mains duquel aboutissent tous les revenus de l’État. Ce fut M. Honoré Féry, trésorier particulier de cet arrondissement, qui assuma sur lui cette responsabilité. Il considéra, que le Sénat ayant rejeté les lois que la Chambre avait rendues sur ces matières, en 1837, et que la Chambre n’ayant pas voté d’autres lois en 1838, ces impôts ne devaient pas être exigés des contribuables, parce qu’il n’appartenait ni au secrétaire d’État des finances, ni au Président d’Haïti, de suppléer au silence des lois y relatives. M. Féry possédait des propriétés urbaines soumises à l’impôt sur la valeur localive des maisons, et une habitation rurale, qu’il avait relevée de ses ruines, où il produisait du sucre et du sirop pour alimenter une guildiverie établie sur cette habitation, qui fabriquait du rhum ou du