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sentence fameuse : « On ne s’appuie que sur ce qui résiste. »

Le même jour, 4 juin, le Sénat adressa un message à la Chambre pour l’informer que « la clameur publique ayant signalé le sénateur Pierre André Comme l’auteur des lettres anonymes, » il avait décrété « à l’unanimité » l’expulsion de ce sénateur de son sein. En conséquence, le Sénat prévint la Chambre qu’il y avait lieu de le remplacer ; il donna une pareille information au Président d’Haïti.

Après cette décision, Pierre André se présenta au palais pour voir le Président ; mais l’entrée lui en fut refusée. Le 9 juin ; le ministère public requit le jugé d’instruction de décerner contre lui un mandat d’amener qui, après son interrogatoire, fut converti en mandat de dépôt. Le lendemain ; ces deux magistrats firent une descente de lieux chez lui et en sa présence, afin de rechercher dans ses papiers des preuves de sa culpabilité ; ils n’y trouvèrent rien dans ce but, et ils réintégrèrent l’inculpé en prison. Mais le lundi 11, à 8 heures du soir, il fut remis en liberté, par ordre de Boyer qui arrêta ainsi toute poursuite ultérieure à son égard.

Il devenait évident que le Président regrettait déjà de l’avoir signalé comme auteur des lettres anonymes. Il en donna une preuve incontestable, en se refusant de proposer à la Chambre des Communes, des candidats pour qu’il fût procédé à son remplacement au Sénat ; et il fit encore plus, en lui payant ses appointemens mensuels comme sénateur, de sa cassette particuliere. Il est vrai que ce sénateur n’avait cessé de lui adresser des lettres, dans lesquelles il protestait de son innocence et lui rappelait ses bontés antérieures qui commandaient sa gratitude.