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social. Toutes ces représentations furent inutiles devant la majorité prévenue et passionnée : elle prononça l’expulsion de Pierre André. Elle aima mieux imiter la Chambre des communes, dans ses momens d’égarement, sans réfléchir aucunement aux funestes conséquences d’une décision dénuée de toutes les formes, de toutes les garanties établies dans la constitution, qui devait être toujours la seule boussole du Sénat qui en avait la garde.

C’était suicider ce corps essentiellement modérateur dans l’État ; c’était procurer une grande satisfaction à la Chambre des communes, un beau texte aux déclamations de l’Opposition établie dans son sein. Désormais, le Sénat ne pourrait plus exercer aucune influence sur l’opinion publique, pour la rallier au pouvoir exécutif dans sa lutte contre cette Opposition systématique, dont les conséquences pouvaient être fatales au pays, par le renversement de Boyer de ce pouvoir.

Supposons, au contraire, le Sénat résistant à l’emportement momentané de Boyer, examinant avec calme la dénonciation qu’il avait portée contre Pierre André, lui demandant officiellement les pièces anonymes pour les comparer avec l’écriture de ce sénateur, pour l’entendre dans ses moyens de justification ; il est probable qu’il en fût résulté une appréciation tout autre, une décision de non lieu à l’égard de l’inculpé ; mais peut-être seulement la censure ou les arrêts durant, quinze jours, conformément au règlement du Sénat qui avait adopté ces peines, prévues en l’art. 77 de la constitution, si Pierre André venait à être convaincu d’avoir tenu quelques propos légers qui donnèrent lieu de le soupçonner d’être l’auteur des écrits anonymes. Enfin, le Sénat, qui crut en cette circonstance fortifier l’autorité du Président, oublia entièrement cette