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voyant bien qu’une animosité en naîtrait entre la Chambre et le Sénat. Il essaya, au contraire, de rapprocher les deux corps ; et à cet effet, il convoqua chez lui H. Dumesle, D. Saint-Preux et d’autres représentans, afin de concerter avec eux une sorte de rétractation de la part de la Chambre. Pendant qu’il s’occupait de cette bonne œuvre, le Sénat lui envoya ce rapport pour être publié officiellement dans le Télégraphe. Apprenant cela, H. Dumesle et D. Saint-Preux engagèrent leurs collègues à ne pas céder au désir du secrétaire général, qui se vit lui-même forcé d’obéir à l’invitation du Sénat. Il s’ensuivit une rupture complète entre les deux branches du corps législatif.

Dans ces entrefaites, des malveillans, des pervers osèrent adresser au Consul français une lettre anonyme, dans laquelle ils lui disaient : « que la nation veut acquitter la dette contractée envers la France ; mais que le Président ayant volé l’Etat, il avait fait déposer dans les banques d’Europe 22 millions de francs que le gouvernement français, pourrait y faire saisir. » Cette lettre était signée : « L’Épée, successeur d’Etienne Manga. » M. Cerffber s’empressa de l’adresser au secrétaire général, en lui exprimant l’étonnement et l’indignation qu’il en éprouvait. Ces mêmes misérables firent parvenir en même temps à la Chambre des communes, une autre lettre anonyme, par laquelle ils l’invitaient « à persister dans la voie de son adresse du 27 avril, afin de renverser le Président ; et que si la Chambre n’y réussissait pas, mille poignards feraient justice du chef de l’État. » La Chambre imita la conduite du consul français : elle fit parvenir au Président cette lettre anonyme.

Il était évident que de lâches séditieux, complices, des assassins-conspirateurs qui venaient de subir une juste pu-