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Honneur à leur mémoire ! Car ils dorment tous aujourd’hui dans la tombe.

Les générations qui leur ont succédé ne rempliraient pas leur devoir envers eux, si elles n’éprouvaient pas un profond sentiment de gratitude pour les services qu’ils ont rendus à la patrie, si elles n’entouraient pas de leur vénération la mémoire des plus illustres parmi eux.

Je me suis efforcé de distinguer, ces derniers, de les désignera mes concitoyens, sans hésiter toutefois à dire, ce qui m’a paru reprochable dans leur conduite (à l’exception d’un seul d’entre eux) soit, par les passions qui les animaient et qu’ils ne surent ou ne purent maîtriser ; soit qu’ils cédassent trop aux circonstances qui les entouraient ; soit qu’ils ne comprissent pas la situation réelle de notre pays ou le but que poursuivait la nation ; soit, enfin, que les défauts de leur caractère fussent un obstacle au désir du bien qu’ils avaient.

Le président Boyer est, sans contredit, celui qui doit être placé en première ligne dans cette dernière catégorie. Le lecteur a pu remarquer combien de fois j’ai exprimé le regret que ce chef distingué eût un caractère qui fut cause de bien des reproche qu’on peut justement lui faire, dans l’exercice, du pouvoir qu’il a eu si longtemps en main. Aucun autre ne m’a offert, — si j’ai bien jugé, — plus d’occasions de blâme à côté de tant d’autres où j’ai du le louer. Je l’ai vu souvent contrarié, malheureux de ce qui lui déplaisait, sans se rendre compte, peut-être, de l’influence de son caractère dans le jugement qu’il portait sur les choses et sur les hommes de son pays : il eût désiré de la part de ceux-ci une sorte de perfection impossible dans la nature humaine, et dont lui-même n’offrait pas l’exemple.