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tinés spécialement au payement de la dette étrangère. Il faut aussi les mettre dans l’heureuse impuissance de mentir à la France, les obliger à remplir nos engagemens envers elle : la sûreté extérieure de notre pays l’exige. »

Ces réflexions plurent à Boyer, qui ajouta ensuite au 2e paragraphe : « D’autres fonds sont, en outre, déposés à la caisse des dépôts et consignations, à Paris, pour compte de la République ; » ce que j’ignorais. Il modifia la dernière phrase du 4e paragraphe en l’écrivant ainsi : « Je ne forme plus qu’un vœu : c’est qu’Haïti soit aussi heureuse que mon cœur l’a toujours désiré. »

Je quittai le Président après 8 heures du soir. Les militaires de sa garde, rentrés à la capitale, occupèrent la cour du palais : on les voyait observer un silence qui témoignait de leur respect pour le chef de l’État[1]. En ville, on présumait bien que Boyer allait quitter le pays ; mais s’il y eut beaucoup de satisfaction parmi les opposans, ils ne firent aucun mouvement.

Vers 2 heures de l’après-midi du 13, les deux goëlettes venant des Cayes entrèrent dans le port. L’administrateur C. Ardouin, déjà fait chef d’escadron par le Président, arriva au palais où il me trouva seul avec lui ; il lui annonça la capitulation des Cayes. Boyer lui dit : « Le général Borgella a bien agi en évitant l’effusion du sang ; il a d’ailleurs justifié la confiance que j’avais en lui. Je pars ce soir pour l’étranger : je quitte sans regret le

  1. À l’arrivée de Terlonge, le Président lui remit le brevet de colonel de la garde à pied. Il l’embrassa avec émotion et lui dit : « Je regrette, mon cher Terlonge, de vous avoir apprécié trop tard. » C’est tout un éloge pour cet officier dont la franchise fit croire à Boyer qu’il inclinait en faveur de l’Opposition. Il ne fut pas le seul qui reçut en cette circonstance des témoignages d’estime de la part du Président, et ce fut pour plusieurs un titre à la persécution des révolutionnaires.