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bre de personnes, notamment M. Levasseur, consul général de France, et le commandant du brig de guerre français l’Oreste, qui venait d’arriver dans la rade. Je fis appeler M. Ussher à qui je dis le désir du Président : il y consentit sans hésitation, et il prit la précaution d’écrire cette lettre dans sa chambre, au lieu de la faire dans son bureau du consulat. Après qu’il m’eut soumis sa rédaction, pour éviter, me dit-il, de se servir d’aucune expression, en français, qui pût blesser et la dignité du Président dans la situation où il se trouvait, et son amour-propre personnel, il copiait cette lettre quand M. Levasseur vint au bureau et me dit : « Je suis bien aise de vous rencontrer ici, M. Ardouin. Dans les circonstances où se trouve votre pays, le Président fait sans doute des dispositions pour son départ avec sa famille. Veuillez bien lui dire de ma part que je mettrai volontiers le brig l’Oreste à ses ordres, pour le porter où il voudra aller. » Je connaissais assez l’esprit caustique de M. Levasseur, pour sentir ce que, ses paroles contenaient d’ironie ; et je lui répondis : « J’ignore, Monsieur le consul général, si le Président fait aucune disposition à cet égard ; mais, s’il m’en parle, je lui rapporterai votre proposition. Je ne suis venu à ce consulat que pour ce qui m’est personnel. » M. Levasseur se retira, et je pris la lettre de M. Ussher que j’apportai au Président : il en fut satisfait. Je lui fis savoir la proposition de M. Levasseur, et il me dit : « J’aurais mieux aimé m’embarquer sur un navire américain, que sur un navire français offert par M. Levasseur.[1] »

Dans la journée du 11 mars, j’arrêtai avec M. Ussher les mesures relatives au départ du Président.

  1. On doit se rappeler ici la conduite de M. Levasseur à la fin de 1841, et qu’il devait être relevé de son poste, d’après l’entretien que Boyer avait en avec l’amiral Arnous.