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se faisait dans le camp de Gressier, et que des désertions avaient lieu parmi les militaires qui se rendaient à Léogane. En faisant revenir ces troupes au Port-au-Prince, n’était ce pas s’exposer à les voir se déclarer en faveur de l’insurrection ? En les laissant encore à Gressier, elles pouvaient peut-être s’ameuter et marcher contre la capitale. Mieux valait donc les faire marcher contre Léogane qu’elles attaqueraient, si elles obéissaient à l’ordre du Président ; sinon, leur défection pourrait s’y opérer une fois et décider de la question de l’abdication. Ce fut dans ce sens que j’opinai pour cette mesure, sans toutefois avouer mon motif, car je n’avais communiqué à personne mon entretien avec Boyer. Le conseil résolut la marche contre Léogane : le Président envoya ses ordres au général Méreaux, je crois par Messieurs S. Faubert et N. Brouard qu’il avait placés comme secrétaires auprès de ce général. Le sénateur S. Villevaleix fut aussi envoyé à Gressier, et c’est peut-être lui qui apporta ces ordres, après avoir fait partie du conseil.

Le même jour, le Président me dit que, puisque M. Ussher avait pensé à lui offrir un passage sur la corvette anglaise, il pourrait lui faire cette offre par une lettre ; car, jusque-là, je n’étais qu’un intermédiaire chargé de paroles verbales. Boyer avait certainement raison ; mais je reconnus aussi qu’il voulait en cela prendre soin de sauvegarder, non seulement sa dignité personnelle, mais celle de sa haute position de chef de l’État : ce qu’il n’oubliait jamais envers les agents étrangers. Je lui donnai l’assurance que M. Ussher écrirait volontiers cette lettre, tant j’étais sûr de ses sentimens.

J’allai donc au consulat de S. M. B. vers une heure de l’àprès-midi. M. Ussher était à table avec un certain nom-