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même le grade de « colonel commandant de la place de Jacmel. » Tout cet arrondissement étant ainsi en défection, on s’empressa d’envoyer à Léogane un fort détachement de patriotes, pour aider à la résistance de ceux de cette ville. Le Président fut informé aussitôt de ces événemens.

En faisant sortir les troupes, même sa garde à pied et à cheval, il avait ordonné des travaux de fortifications autour de la place du Port-au-Prince, particulièrement au Sud de cette ville. Mais les officiers du génie et d’artillerie employés à ces travaux, n’étaient pas plus convaincus que lui-même de leur efficacité. La meilleure défense consistait dans la fidélité et le dévouement des défenseurs du gouvernement, et au point où l’on était arrivé, il n’y avait guère à y compter.

Ici, je demande encore au lecteur la permission de relater quelques particularités qui me, sont personnelles, mais qu’il est nécessaire qu’il sache, parce qu’elles se lient à ce qui concerne le président Boyer.

Dès le 27 février, M. Simonisse, avocat et opposant comme presque tous ses confrères, mais lié d’amitié avec moi, vint me voir. Il me demanda mon opinion sur la situation des choses, et si je pensais que le Président pourrait résister efficacement à l’entraînement qui gagnait tous les esprits en faveur d’une complète révolution. Je lui répondis que je voyais avec douleur que tout y marchait rapidement, et que ce serait un grand malheur pour le pays, par les conséquences qui en résulteraient. « En ce cas, me dit-il, le Président quitterait Haïti, sans doute. Que feriez-vous, vous-même ? — Je me soumettrais au nouvel ordre de choses, à la révolution : n’est-ce pas le devoir de tout citoyen ? — Mais, vous avez de puissans ennemis dans les rangs de l’Opposition, pour avoir défendu le gouver-