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gagner les représentans de l’Est qui formaient dans la Chambre une sorte de tiers-parti, et qui étaient toujours prêts à appuyer le gouvernement dont ils n’avaient point à se plaindre.

De toutes ces réflexions que nous venons d’émettre, nous concluons que le Président avait certainement bien des choses à faire, à cette époque, pour ranger l’opinion publique de son côté, pour ne pas la laisser égarer par l’Opposition de la Chambre ; et c’était facile, possible du moins, car après le vote de l’adresse du 27 avril, les conservateurs se rapprochèrent du pouvoir exécutif, à raison de l’événement que nous allons relater.


Le 1er mai, la fête de l’agriculture fut solennisée à la capitale. Le Président d’Haïti, le Sénat, la Chambre des communes, les magistrats et les fonctionnaires publics y assistèrent. Pendant que le cortége se rendait à l’église, Boyer avait à sa droite le président du Sénat, et à sa gauche H. Dumesle, président de la Chambre.

Durant la marche, quatre hommes armés suivaient le cortége dans l’intention de tuer Boyer : c’étaient les nommés Raymond, Augustin Gabriel, Desfontaines et Cazimir Etienne, dit Manga. Mais ne pouvant y pénétrer, ils ne réussirent point dans leur affreux dessein, et ils ne le tentèrent même pas ; l’un d’eux déclara ensuite qu’il avait voulu tirer, de loin, un coup de pistolet sur Boyer, mais qu’il craignait d’atteindre H. Dumesle qui marchait à son côté. La cérémonie étant achevée, les quatre assassins se réunirent et se concertèrent sur ce qu’il y aurait à faire néanmoins pour parvenir à leur but. Comme le général Inginac était indisposé, qu’il ne s’était point trouvé à la fête, et qu’il se tenait en ce moment sur son habitation appelée