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me dit le Président, Solages ne m’en a point avisé, et vous-même ne m’en avez rien dit ? — N’étant pas plus certain que lui de ce fait prétendu, je ne vous en ai point parlé, Président. »

J’ajoutai que j’avais appris aussi, que les opposans comptaient beaucoup sur le général Bonnet pour participer à tout mouvement qu’ils entreprendraient, et qu’ils disaient que le colonel Rigaud était d’accord avec lui. « J’ignore, Président, si tous ces bruits étaient fondés ; mais maintenant que ce colonel, commandant de la place de Saint-Marc, remplace provisoirement le général Bonnet dans cet arrondissement, ne vous semble-t-il pas nécessaire dé le révoquer ? Rigaud est le parent des Hérard et leur intime ami ; je crois qu’il ne pourra pas seconder franchement les mesures que vous ordonneriez ; car, probablement, vous ferez venir à la capitale les troupes de l’Artibonite et du Nord pour les employer au besoin. — Rigaud n’a aucune influence à Saint-Marc, répondit le Président ; il ne pourrait rien faire pour contrarier mes ordres. »

Cependant, quelques jours après, je sus que le sénateur colonel Dalzon était parti pour Saint-Marc, afin de remplacer Rigaud, Avant son départ, le Président avait fait mander de là le chef de bataillon Cazimir Vincent, commissaire des guerres, pour s’enquérir de la conduite de Rigaud depuis la nouvelle de l’insurrection. Il avait appris que ce colonel, en faisant publier la proclamation du 2 février, en avait plaisanté avec quelques jeunes hommes, Cazimir fut renvoyé de suite à Saint-Marc, avec mission auprès des officiers supérieurs des régimens de cette ville, d’arrêter et d’emprisonner Rigaud, s’il ordonnait le moindre mouvement contraire à l’obéissance due au gouver-