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nité ; il lui a dû ses éclatans succès dans sa carrière politique. On sait du reste combien ses deux défections ont été utiles à la patrie.

Lorsque nous avons parlé de celle de Borgella en faveur de la scission du Sud, nous avons dit qu’il fut entraîné à ce mouvement irréfléchi contre sa propre conviction, mais que le pays a été ensuite heureux qu’il s’y fût jeté, parce qu’il devint l’auteur principal de la réconciliation qui sauva la patrie en 1812 ; et cette réconciliation n’aurait pas eu lieu d’une manière aussi admirable, si Borgella ne se fût montré l’ami, le protecteur de tous ses concitoyens dans le Sud.

Eh bien ! aujourd’hui que de grands événemens se sont accomplis en Haïti, que la Révolution de 1843 a, pour ainsi dire, terminé sa course par la restauration, le rajeunissement de la République, ne doit-on pas voir dans la défection de Fabre Geffrard, comme dans celles de Pétion et de Borgella, une de ces résolutions inspirées par cette divine Providence qui veille au salut des peuples ?

Un homme se trouve-t-il dans une situation politique grave ou périlleuse, s’il a du bon sens il règle sa conduite par le raisonnement, ou, le plus souvent, il se sent entraîné, malgré lui, à prendre un parti décisif, quelles que doivent être les conséquences de sa détermination. Cependant, sa détermination influe grandement sur le sort de son pays : n’est-il pas permis alors de reconnaître ou de penser qu’il n’a été qu’un instrument intelligent dans les mains de Dieu ? La philosophie, comme la religion, nous enseigne que tout est mystère dans les choses de ce monde ; mais il faut le concours du temps pour apercevoir ou constater ce qui est bien ou mal, et c’est là l’œuvre de l’histoire qui enregistre les actions des hommes.

Nous savons bien qu’il y a eu, dans ces derniers temps,