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« Mon général, vos bontés me font baisser la tête ; je suis sensible à tout ce que vous me dites par votre lettre de ce jour. Je conviens que ma résolution est désespérée, mais elle, est prise. Pardonnez-moi, je vous prie ; vous savez que vous régnez dans mon âme, et vous régnerez encore sur mes cendres.

Je vous respecte jusqu’au tombeau ! Signé : Toureaux. »

La journée se passa ainsi, et l’on avait espoir qu’il finirait par céder. Le général Solages et le colonel Chardavoine, ses amis, s’exposèrent même à pénétrer auprès de lui pour l’y engager : il fut sourd à leurs représentations. Entouré de poudre, ayant ses pistolets à la main, il ne pouvait y être contraint. Une demi-heure après qu’ils furent sortis de l’arsenal, vers sept heures, Toureaux mit le feu aux poudres et périt. Les flammes de ce bâtiment communiquèrent le feu aux maisons voisines, mais la ville eut le bonheur d’échapper à l’incendie[1].

Par une lettre du 10 février, écrite à onze heures de la nuit, de la main du Président, il disait au général Borgella qu’il venait d’apprendre que « des individus, connus pour être en relations intimes avec les révoltés, avaient suivi le 24e régiment du Petit-Goave, comme dragons de la garde nationale, sans doute avec de perfides intentions. Prenez garde à eux. La prudence commande de les mettre à l’écart, en sûreté ; » c’est-à-dire en prison. C’étaient Messieurs Félix Poisson, Edouard Lochard, Bonnecase et six autres désignés dans une note annexée à la lettre. Mais Borgella n’avait pas cru devoir incarcérer ces citoyens ; et lorsqu’il s’agit d’envoyer une députation de ceux des Cayes

  1. Par un décret du chef d’exécution, du 12 mars, « tous les biens, meubles et immeubles de Toureaux sont séquestrés pour être vendus au profit des familles qui souffrent de cet acte de vandalisme de la part de cet infâme suppôt de la tyrannie, etc. »