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nir, le saisir, » selon l’expression de l’adresse de la Chambre[1].

Elle réclamait en faveur « des lumières, de l’instruction publique, d’une éducation nationale, » et vraiment, il y avait beaucoup à faire sous ce rapport. Jusqu’alors, le Port-au-Prince seul avait un lycée, et les autres principales villes de simples écoles primaires. N’était-il pas temps de créer d’autres lycées dans chaque chef-lieu de département, des écoles secondaires dans chacune des autres villes principales et des écoles primaires dans chaque bourg, d’instituer une chaire de droit, au moins, dans les vues de former des magistrats éclairés, etc. Cette diffusion des lumières, cet enseignement des premières connaissances si utiles à l’homme, devenait un devoir spécial pour le gouvernement du pays ; il est inutile d’insister à ce sujet, de faire remarquer tous les avantages qu’il devait en retirer. Mais Boyer, dont l’esprit d’économie était toujours porté à réduire les dépenses publiques, ne se préoccupait guère de cette nécessité[2].

L’armée, seule, occasionnait une dépense annuelle de plus de 1,200,000 gourdes pour sa solde et son entretien ; les troupes n’étant pas casernées, faisant un simple service de postes, et étant composées de petits propriétaires, de cultivateurs dans les campagnes, ou d’ouvriers et d’industriels dans les villes et bourgs, n’était-il pas possible de trouver un moyen d’opérer une notable réduction sur leur solde,

  1. C’est, sans contredit, le meilleur résultat obtenu de la révolution de 1843.
  2. Je présidais la commission d’instruction publique, quand j’allai remplir ma mission en France. D’après l’ordre de Boyer, j’achetai à Paris des livres, des cartes géographiques, etc. pour le lycée et l’école de marine récemment établie au Port-au-Prince, et deux pièces d’anatomie plastique pour l’école de médecine. À mon retour, causant avec le Président d’enseignement public pour avoir visité plusieurs établissemens, je lui dis qu’il me semblait utile, alors, de fonder des lycées dans les chefs-lieux de département. Il me répondit qu’il n’était pas possible de faire de telles dépenses, à raison de la dette nationale.