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de répandre notre sang par nos propres mains, lorsqu’on pourrait peut-être s’entendre, et nous en remettre à l’autorité constitutionnelle de l’État pour décider de la question… »

Et la pétition, remise à Borgella par dix citoyens, concluait par lui demander l’autorisation d’aller au devant de l’armée populaire pour essayer de s’entendre, sauf à se ranger à ses côtés, si les espérances et les sentimens de la population étaient déçus et méconnus.

Dans la situation des choses, Borgella ne pouvait rester sourd à de telles représentations ; mais il avait son devoir politique et militaire à remplir avant tout. Il assembla un conseil de guerre composé de tous les officiers supérieurs sous ses ordres, afin qu’ils prissent connaissance de la pétition et qu’ils concourrussent avec lui à la décision qu’elle exigeait. La plus large liberté d’opinions fut laissée à chacun d’eux, et l’on vit manifester des sentimens opposés les uns aux autres. Les officiers de l’Ouest demandèrent tous, en leur nom et celui de leurs subordonnés, en cas d’accord avec l’armée populaire pour éviter tout combat, à retourner dans leurs foyers. Enfin, dirigeant la délibération dans ce sens, Borgella obtint du conseil de guerre, qu’on permettrait l’envoi d’une députation auprès du général R. Hérard, chef d’exécution, quand son armée paraîtrait. Le 5 mars, il répondit aux pétitionnaires en ces termes :

« En réponse à votre pétition qui m’a été remise, je vous adresse la copie du procès-verbal renfermant la décision du conseil de guerre réuni pour statuer sur votre demande. L’humanité, l’horreur du sang, et surtout du sang des frères, a dicté la concession faite en cette grave circonstance. Mais que cette œuvre de bienveillance ne soit pas considérée comme un acte de faiblesse ! alors tout serait sacrifié à