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emporta le corps de Lamarre, qui ne tarda pas à expirer, jusqu’aux Baradères où il fut enterré.

La perte de cet officier, regrettable par ses qualités civiques et personnelles et qui n’eut pas le temps de recevoir le brevet de « général de brigade » que lui envoya le Président d’Haïti, et la défection opérée à Lesieur, allaient décider du sort du gouvernement ; car tous les autres régimens qu’il fît passer dans le Sud imitèrent successivement la conduite tenue par le 16e. Depuis longtemps l’esprit de ce corps, officiers et soldats, était ébranlé par les menées des opposans de l’arrondissement de Nippes : c’est ce qui avait occasionné la lenteur que le général Malette avait mise à partir de l’Anse-à-Veau, et lui-même paraît avoir été gagné par eux. Les ordres d’arrestation envoyés par le général Inginac, à l’Anse-à-Veau et à Miragoane, la fuite des opposans de ces villes, lesquels se trouvaient dans les rangs des insurgés à Lesieur, en face de leurs concitoyens, tout contribua à la défection du 16e régiment.

Le 30e, du Cap-Haïtien, et le 10e, du Mirebalais, étaient déjà arrivés aux Baradères ou plus loin, pour renforcer les troupes à Lesieur ; ils rétrogradèrent avec les fuyards et le 4e, de Saint-Marc, qu’ils rencontrèrent du côté du Petit-Trou, et ces trois régimens s’arrêtèrent à l’Anse-à-Veau où était le général Lacroix, envoyé par le Président pour prendre le commandement de cet arrondissement.

Le général R. Hérard ne perdit pas un instant après la défection des troupes à Lesieur ; il se porta aux Baradères et au Petit-Trou (où les populations se rallièrent à lui), dans l’intention de marcher sur l’Anse-à-Veau. Le général Lazare fit volte-face afin de se porter à la rencontre de la colonne qui marchait de l’Anse-d’Eynaud contre Jérémie.