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colonne qui était cernée, croyait-on, et que les soldats manquaient de nourriture.

Ce mouvement en retraite laissa Lamarre et sa troupe en face de toute l’armée populaire. Celle-ci marcha contre lui ; le 21 février on était en présence, et si près les uns des autres, que Lamarre essaya, par ses discours, de convaincre ses adversaires du tort qu’ils avaient de s’être armés contre le gouvernement, des maux effroyables qu’ils allaient attirer sur la patrie commune. Ses paroles furent incisives et prononcées avec toute l’autorité de son âgé et de son rang ; elles irritèrent le jeune Dorvillier Bruno, neveu du général Segrettier, qui lui répondit avec véhémence. Lamarre, oubliant qu’il était le chef d’une troupe qui se reposait sur lui seul, sortit de ses rangs, s’avança sur ce jeune homme et le prit au collet, en lui reprochant la hardiesse de ses paroles. En ce moment, un, autre jeune homme de l’armée populaire déchargea son pistolet sur ce colonel qui fut atteint mortellement. Quelques officiers du 21e régiment, dévoués à leur chef, le vengèrent en massacrant le meurtrier et le jeune Dorvillier. Un combat de peu de durée s’ensuivit entre le 21e et la troupe populaire.

Mais la confusion s’était mise dans les rangs des troupes du gouvernement. Par son grade, le colonel Maignant, du 16e régiment, succédait de droit au commandement. Ses sympathies, celles du chef de bataillon A. Leriche et de presque tous les autres officiers de ce corps étaient en faveur de la cause populaire. Leur défection eut lieu, sinon immédiatement, du moins peu après, dans la même journée ; ils entraînèrent presque tout le 16e régiment, et une partie du 21e les imita, tandis que l’autre