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ciers, — le colonel Fabre Geffrard, promu à ce grade pour commander l’avant-garde de l’armée insurrectionnelle.

Geffrard était âgé alors de 36 ans[1]. Doué d’une haute intelligence, d’un cœur généreux, sa physionomie attrayante prévenait en sa faveur par un regard bienveillant, un sourire affectueux, et la franchise de sa parole persuasive. Réunissant à ces avantages celui d’être un cavalier accompli, il se distinguait entre tous par une activité qu’excitait son enthousiasme. Geffrard exerçait ainsi sur ses compagnons une influence qui les portait au dévouement le plus absolu envers lui personnellement, car ils savaient aussi qu’il était fidèle en amitié. Avec ses formes caressantes et le nom illustre qu’il portait, qui rappelait le général si justement aimé dans le département du Sud, il devait inspirer de l’intérêt pour la cause de l’insurrection, émouvoir l’esprit et le cœur des jeunes hommes de l’armée du gouvernement, et des vieux militaires qui avaient connu son père, qui l’avaient vu lui-même dans les rangs du 13e régiment, le fusil à la’main et le havre-sac sur le dos, comme soldat. Si l’on veut trouver les causes du prestige qui entoure un homme dans les fastes révolutionnaires, il faut les chercher autant dans ces choses accessoires, que dans ses qualités personnelles ; et nous ne craignons pas d’être démenti, ni de passer pour trop flatteur, en parlant ainsi du colonel Geffrard.

Il avait demandé au général Malette une conférence, afin de le déterminera se rallier à l’insurrection ; n’obtenant pas réponse, le 15 février il renouvela cette demande par une lettre où il exposait le but de cette prise d’armes,

  1. Il est né à l’Anse-à-Veau le 23 septembre 1806.