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changement de système de la part de Boyer, sans vouloir son renversement du pouvoir ; on espérait beaucoup des principes mis en avant par l’Opposition pour capter les esprits ; on n’entrevoyait pas que, pour parvenir à ses fins, elle s’était engagée dans la voie d’une révolution politique qui pouvait aboutir à une révolution sociale. L’Opposition elle-même n’apercevait pas, peut-être, toutes les conséquences qui résulteraient de son entreprise à main armée, après avoir plaidé la cause des principes générateurs de la société : elle ne voyait que l’assentiment secret qui était dans tous les cœurs, et c’est ce qui l’encouragea dans cette entreprise et la porta à parler aussi affirmativement du concours qu’elle trouverait partout.

Quoi qu’il en soit, revenu à la bourgade des Anglais, le 13 février au soir, Cazeau y vit arriver le citoyen Guerrier Moussignac et le docteur Lowel (des États-Unis), qui lui apportèrent de la part du général Lazare, un brevet de « général de division, et chef de la troisième division de l’armée populaire. » Ces deux hommes étaient chargés d’employer tous les moyens de séduction pour la lui faire accepter. Ils apportèrent aussi une lettre de R. Hérard, adressée au chef de bataillon Dugazon et au capitaine L. Greq, par laquelle ces officiers étaient invités à se rallier aux insurgés. Cette lettre disait : « Suivant les principes du Manifeste… ; nous ne devons sévir contre aucun haïtien, quel qu’il soit, pas même contre le Président d’Haïti, puisque ses pouvoirs devront exister jusqu’à la formation du gouvernement provisoire ; alors, ils cesseront. S’il veut accepter la présidence temporaire, elle lui sera accordée. Moi qui vous parle, suivant nos principes, je dois rentrer dans la classe des simples citoyens, sitôt ma mission terminée… Je vous offre (à Dugazon) le grade de