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d’Haïti sous le gouvernement de la République, une telle création aurait dû avoir lieu, afin que le Président ne concentrât pas dans ses mains, toutes les attributions que lui donnait la loi de 1819 sur les grands fonctionnaires, et nous y avons ajouté les raisons politiques qui militaient en faveur de cette création[1]. En 1838, c’était possible encore, c’était même plus convenable qu’en 1822 ; car Boyer avait atteint sa 62e année, et il n’avait plus la même activité d’esprit et de corps que lorsqu’il prit les rênes du gouvernement et quelque temps après ; l’exercice du pouvoir depuis vingt ans, joint à des événemens et des circonstances si multipliés, l’avait fatigué. C’est alors surtout qu’il aurait dû appeler autour de lui, d’autres ministres moins âgés que lui et que ceux qui le secondaient, pour l’aider à administrer, à gouverner le pays, à maintenir son influence d’une manière profitable à la nation.

Mais, à ce sujet, nous devons franchement avouer que, si nous trouvons que H. Dumesle fit preuve de beaucoup de présomption dans l’énonciation de ses vues pour reconstituer, réorganiser l’État (abstraction faite de toute idée rétrospective sur sa conduite aux affaires, quand il y parvint en 1843), nous savons aussi que la regrettable vanité de Boyer était le plus sérieux obstacle à ce que nous venons de dire : de là sa persistance à laisser les choses dans l’état où elles étaient[2]. Personne n’aurait pu lui faire comprendre, n’aurait même osé lui dire : qu’il fallait un changement dans ses habitudes de gouverner, d’administrer, d’en-

  1. Voyez tome 8 de cet ouvrage, page 406.
  2. Plus d’une fois, en ma présence et en celle de bien d’autres personnes, faisant allusion au mot progrès dont se servaient les opposans pour exprimer leurs désirs, le Président a dit : « Je ne suis pas un homme de ce siècle, un homme de progrès comme certains faiseurs de discours ; » et il appuyait fortement sur l’accent grave de ce mot, toujours en riant de ses adversaires.