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adressa une lettre semblable au colonel Colin, commandant le 17e régiment, et Rivière Hérard, une autre à lui et Cazeau ; ils les engageaient à prendre parti avec eux.

Si Segrettier céda au mouvement révolutionnaire, Frémont persista dans ses sentimens de fidélité au gouvernement de Boyer. Le Président put reconnaître, avant de tomber, la faute qu’il avait faite, en 1842, en n’acceptant pas la démission que Segrettier sollicita en vain, du commandement de l’arrondissement de Jérémie. En lui substituant Frémont en qualité de général de brigade, il est plus que probable que les choses ne se seraient pas passées de cette manière.

Les colonels Cazeau et Colin s’empressèrent de transmettre au général Borgella les lettres ci-dessus mentionnées qui n’avaient eu aucune influence sur leur esprit.

De son côté, le comité populaire de Jérémie, composé de MM. H. Féry, Paret fils (Numa), T. A. Blanchet, Margron et P. Laraque, et qui distribuait des grades militaires au nom de la souveraineté du peuple, avait adressé aussi à Borgella une lettre en date du 2 février, par laquelle il l’informait des événemèns, et lui disait qu’il avait intercepté celle que ce général écrivit à Segrettier, le 31 janvier, en l’invitant à se déclarer en faveur du peuple. Le 5 février, ce comité lui écrivit de nouveau à ce sujet, et de manière à le convaincre de ce qu’il croyait être une nécessité, par les considérations qu’il exposa : — le peuple et les citoyens de Jérémie s’étaient lassés des violations continuelles de la constitution, qui furent cause que les représentons qui voulaient faire entendre leurs justes réclamations contre l’administration de Boyer, laquelle n’aboutissait qu’à là misère et au désespoir, avaient été ignominieusement chassés de la Chambre des communes ; il était urgent de régénérer la pa-